L’illettrisme en France
Octobre 2009

Qu’entend-on par illettrisme ?

L'illettrisme qualifie la situation des personnes qui éprouvent des difficultés face à l'écrit au point de ne pas lire ou écrire un message très simple de la vie courante, une situation qui s’apparente à un handicap grave dans notre société. Cette notion s’applique aux personnes qui ont suivi une scolarité, on parlera a contrario d’analphabétisme pour les personnes non scolarisées. Le phénomène de l’illettrisme constitue à première vue une anomalie là où les systèmes éducatifs permettent à chacun d’accéder à un enseignement de l’écrit, à la différence de nombreux pays du Sud qui ne sont pas en mesure de garantir une éducation de base pour l’ensemble de leurs jeunes.

Dans les pays industrialisés, la perception de l’illettrisme remonte aux années 80/90. Concernant la France, on retiendra l’année 1983 avec le rapport Des illettrés en France commandé par le Premier ministre Pierre Mauroy. Le passage du modèle taylorien à une organisation du travail de type post-industriel est souvent donné comme explication à l'illettrisme, le recours à l’écrit massif, y compris pour les métiers sans qualification, et l’informatisation rendant l’écrit d’autant plus prégnant et incontournable. Dans les années 2000, la résorption de l’illettrisme devient en France une priorité de l’action publique, il apparaît dès lors nécessaire de mesurer ce nouveau fléau.

La mesure de l’illettrisme en France

L’enquête Information Vie quotidienne (IVQ) a été conduite par l’INSEE en 2004 auprès de 10 000 personnes âgées de 18 à 65 ans. Elle établit que 3 100 000 personnes, soit 9 % de la population âgée de 18 à 65 ans, résidant en France métropolitaine et ayant été scolarisée en France, sont concernées par l’illettrisme.

Quelles sont les principales caractéristiques ?

- La proportion de personnes illettrées est plus forte pour les groupes d’âge les plus élevés : 30 % sont âgées de 46 à 55 ans alors que 9 % ont entre 18 et 25 ans ;
- les hommes sont davantage concernés que les femmes (59 % contre 41 %) ;
- la moitié des personnes en situation d'illettrisme vit dans des zones faiblement peuplées (zones rurales, villes de moins de 20 000 habitants) ;
- plus de la moitié ont un emploi ;
- parmi les personnes allocataires du RMI, la proportion des personnes en situation d'illettrisme est trois fois plus élevée que dans l'ensemble de la population concernée ;
- 8 % des personnes qui utilisaient exclusivement le français à la maison à 5 ans sont en situation d'illettrisme contre 20 % de celles qui utilisaient une langue étrangère ou régionale au même âge ;
- outre-mer, le taux d'illettrisme en Martinique s'élève à 14 % en 2006 ; ce chiffre est plus élevé que la moyenne nationale (9 %), mais serait a priori plus faible que dans les autres DOM-TOM où des enquêtes sont en cours de réalisation (Réunion et Guadeloupe).

Les évaluations en lecture dans le cadre de la journée d’appel de préparation à la défense (JAPD) sont organisée par les ministères de la Défense et de l’Éducation nationale, en direction de tous les jeunes - garçons et filles - âgés de 17 ans (plus de 700 000 par an). En 2008, la proportion de jeunes en difficulté de lecture en métropole est de 11,8 %, dont 4,9 % pour les jeunes en grave difficulté de lecture. Ces graves difficultés de lecture s’apparentent à une situation d’illettrisme. Bien qu’obtenus selon une méthodologie différente de l’enquête IVQ de l’INSEE, les résultats des JAPD font néanmoins apparaître que les jeunes connaissent des difficultés moins importantes face à l’écrit que l’ensemble de la population adulte : 4,9 % contre 9 %.

 

 



On constate des pourcentages supérieurs à la moyenne nationale au nord de la Loire, principalement avec la Picardie, le Nord - Pas-de-Calais, la Champagne-Ardenne et la Bourgogne ; au sud on trouve l’Aquitaine.


BILAN TESTS JAPD 2008 /DONNEES CORRIGEES MINISTERE DE L’EDUCATION NATIONALE/DEPP
(effectif total-difficulté- grande difficulté profils 1 et 2)

dept

nom

eff2008

diff2008

gdiff2008

01

Ain

7 154

7,8%

3,9%

02

Aisne

7 123

24,1%

8,6%

03

Allier

3 612

8,1%

3,4%

04

Alpes-de-Haute-Provence

1 895

10,4%

4,1%

05

Hautes-Alpes

1 455

5,6%

2,5%

06

Alpes-Maritimes

11 374

10,1%

4,7%

07

Ardèche

3 733

9,8%

5,0%

08

Ardennes

3 553

17,7%

6,2%

09

Ariège

1 584

13,2%

5,7%

10

Aube

3 346

17,7%

6,4%

11

Aude

3 775

9,5%

3,7%

12

Aveyron

2 834

9,5%

2,5%

13

Bouches-du-Rhône

22 167

11,5%

6,2%

14

Calvados

8 429

10,9%

4,6%

15

Cantal

1 491

7,5%

3,8%

16

Charente

4 121

12,4%

4,8%

17

Charente-Maritime

7 041

12,0%

4,8%

18

Cher

3 593

13,3%

5,0%

19

Corrèze

2 559

8,6%

3,5%

21

Côte-d'Or

6 145

12,6%

3,7%

22

Côtes-d'Armor

6 593

13,5%

4,5%

23

Creuse

1 270

12,9%

5,4%

24

Dordogne

4 060

17,3%

6,1%

25

Doubs

5 887

8,6%

2,9%

26

Drôme

6 031

9,1%

5,3%

27

Eure

7 466

10,2%

5,0%

28

Eure-et-Loir

5 281

12,6%

5,0%

29

Finistère

10 289

9,8%

3,3%

2A

Corse-du-Sud

1 561

6,6%

2,8%

2B

Haute-Corse

1 563

5,5%

2,5%

30

Gard

8 141

14,7%

6,6%

31

Haute-Garonne

13 091

10,7%

3,6%

32

Gers

1 967

12,7%

5,0%

33

Gironde

17 213

15,9%

5,6%

34

Hérault

11 397

13,8%

5,6%

35

Ille-et-Vilaine

11 438

10,6%

3,8%

36

Indre

2 437

14,2%

5,2%

37

Indre-et-Loire

7 017

12,3%

4,1%

38

Isère

14 942

9,0%

4,1%

39

Jura

3 236

11,7%

3,9%

40

Landes

4 094

11,4%

4,2%

41

Loir-et-Cher

3 857

14,1%

4,9%

42

Loire

8 597

7,8%

4,3%

43

Haute-Loire

2 529

5,5%

2,4%

44

Loire-Atlantique

15 329

6,0%

3,2%

45

Loiret

8 163

13,1%

5,0%

46

Lot

1 669

12,6%

3,5%

47

Lot-et-Garonne

3 613

17,2%

5,7%

48

Lozère

802

12,2%

4,7%

49

Maine-et-Loire

9 448

7,6%

4,0%

50

Manche

6 062

10,1%

4,3%

51

Marne

6 384

17,3%

6,3%

52

Haute-Marne

2 201

17,0%

4,9%

53

Mayenne

3 771

12,2%

4,1%

54

Meurthe-et-Moselle

8 549

11,1%

4,0%

55

Meuse

2 432

13,5%

4,9%

56

Morbihan

8 255

9,1%

3,3%

57

Moselle

12 410

10,6%

4,2%

58

Nièvre

2 385

20,0%

5,4%

59

Nord

34 367

14,9%

7,2%

60

Oise

10 520

20,3%

7,4%

61

Orne

3 486

14,0%

6,5%

62

Pas-de-Calais

19 283

15,0%

7,9%

63

Puy-de-Dôme

6 805

6,6%

2,9%

64

Pyrénées-Atlantiques

7 299

11,0%

3,7%

65

Hautes-Pyrénées

2 400

13,3%

4,0%

66

Pyrénées-Orientales

4 317

8,8%

3,9%

67

Bas-Rhin

12 971

12,4%

5,0%

68

Haut-Rhin

8 981

11,8%

5,2%

69

Rhône

19 415

7,8%

4,3%

70

Haute-Saône

2 849

13,2%

4,6%

71

Saône-et-Loire

6 822

14,8%

4,5%

72

Sarthe

7 196

14,0%

5,8%

73

Savoie

5 228

7,8%

2,9%

74

Haute-Savoie

8 770

6,9%

2,5%

75

Paris

16 679

9,0%

3,6%

76

Seine-Maritime

15 783

10,2%

5,1%

77

Seine-et-Marne

16 105

11,5%

4,7%

78

Yvelines

17 490

9,0%

3,6%

79

Deux-Sèvres

4 106

11,7%

4,8%

80

Somme

7 006

20,6%

7,7%

81

Tarn

4 351

12,6%

4,0%

82

Tarn-et-Garonne

2 740

13,2%

4,8%

83

Var

11 998

12,3%

5,5%

84

Vaucluse

6 586

11,3%

5,5%

85

Vendée

7 191

6,5%

3,2%

86

Vienne

4 763

11,5%

4,5%

87

Haute-Vienne

3 738

9,2%

3,5%

88

Vosges

4 686

11,9%

3,5%

89

Yonne

4 065

19,7%

6,7%

90

TerritoiredeBelfort

1 666

8,8%

2,5%

91

Essonne

14 357

10,1%

4,2%

92

Hauts-de-Seine

14 696

8,8%

3,5%

93

Seine-Saint-Denis

16 209

18,0%

8,3%

94

Val-de-Marne

13 202

12,1%

4,8%

95

Val-d'Oise

15 547

12,4%

5,2%


Ensemble

722 087

11,8%

4,9%

Les départements en tête du classement pour les catégories en difficulté de lecture et en grave difficulté sont l'Aisne (24 % en difficulté dont 8,6 % en grave difficulté), la Seine-Saint-Denis (18 et 8,3 %), le Pas-de-Calais (15 et 7,9 %), la Somme (20 et 7,7 %).

Si la proportion de jeunes dits en difficultés de lecture sur les trois dernières années (2006 à 2008) oscille entre 11,7 et 12 % en métropole, elle se situe outre-mer autour de 30  % pour la même période.

L’action des pouvoirs publics

Créée en octobre 2000, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) est un groupement d’intérêt public dont le rôle est de :

- promouvoir, tant au niveau national, territorial que local, toutes les actions concourant à mesurer, prévenir et agir contre l’illettrisme et à favoriser l’accès de tous à la lecture, à l’écriture et aux compétences de base ;

- fédérer et optimiser les moyens mobilisés par l’État, les collectivités territoriales, les entreprises et la société civile dans la lutte contre l’illettrisme ;

- accompagner et aider les acteurs à se professionnaliser et à développer leurs compétences.

Représenté par la DGLFLF, le ministère de la Culture et de la Communication siège dans le conseil d’administration de l’ANLCI aux côtés des autres administrations de l’État directement concernées par la question de l’illettrisme : ministères de l’Éducation nationale, de la Défense et de la Justice (administration pénitentiaire) notamment.

Le rapport au Parlement sur l'emploi de la langue française rend compte de l'action de l'ANLCI et des pouvoirs publics dans le domaine de la lutte contre l'illettrisme


L’implication du ministère de la Culture

Là où l’École a échoué dans sa mission d’enseignement, l’action culturelle peut contribuer à susciter l’envie de réapprendre à lire et à écrire autrement auprès de personnes qui ont un jour mal appris puis désappris. Depuis plus de vingt ans, le ministère de la Culture s’emploie à renforcer la coopération entre les institutions culturelles, les professionnels de la culture et les réseaux de lutte contre l’illettrisme.

La direction du livre et de la lecture (DLL) est ici concernée au premier chef, les bibliothèques publiques ont en effet vocation à nouer des partenariats avec les associations et organismes de formation de base ; les médiateurs du livre mettent en place des action de lecture publique, en particulier des ateliers d’écriture.

La délégation au développement et aux affaires internationales (DDAI) coordonne des dispositifs susceptibles de contribuer à la lutte conte l’illettrisme ; il s’agit là des dispositifs regroupés sous les intitulés « politique territoriale », « politique de la ville », « lutte contre les exclusions », ou « actions en direction des publics spécifiques ».

La délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) quant à elle, organise chaque année l’opération des dix mots qui rencontre un grand succès auprès des associations du secteur social engagées dans des actions auprès de personnes en situation d’illettrisme.

Les directions régionales des affaires culturelles, en Rhône-Alpes, Champagne-Ardenne, Picardie et Bourgogne en particulier, participent à la Semaine de la langue française en mars. L’opération des caravanes des dix mots est un exemple de réalisation suscitée par les dix mots pouvant parfaitement convenir à des actions de lutte contre l’illettrisme.