Le français et le plurilinguisme dans la société de l'information

 

 

 

 

 

La France est entrée dans la société de l’information et elle y est entrée en français. L’étude publiée par le CSA en novembre 1999 dénombre 5,7 millions d’internautes en France. Ces chiffres sont en forte progression : le parc informatique français double en moyenne chaque année. Étude Médiangles

Le programme d'action gouvernemental pour la société de l'information (PAGSI)

En janvier 1998, le gouvernement a lancé un programme d'action gouvernemental pour la société de l'information qui fait des enjeux culturels et linguistiques une de ses priorités.

Le 19 janvier 1999, le Premier ministre a annoncé la deuxième phase de ce programme d'action qui se déploiera, sur deux ans, autour de quatre axes principaux :

  • Bâtir un cadre législatif protecteur des échanges et de la vie privée ;
  • Développer la culture, les contenus et la présence de la France sur l'internet ;
  • 1999 - 2000 : vers l'administration électronique ;
  • Pour une société de l'information solidaire : l'accès pour tous, enjeu social et territorial.

Renforcer la présence de la France dans la société de l'information pour renforcer la présence du français : le rapport Bloche

Patrick Bloche, député de Paris, a été chargé par le Premier ministre de lui remettre un rapport sur la présence internationale de la France et la francophonie dans la société de l'information. Son rapport, rendu public le 7 décembre 1999, fait de nombreuses propositions pour renforcer la présence du français et des autres langues dans l'espace numérique.

Dès le 19 janvier 1999, le Gouvernement a adopté un ensemble de propositions issues de ce rapport, notamment pour accroître la présence de contenus en français : renforcement des dispositifs d'aide aux éditeurs et aux créateurs et des programmes de numérisation en direction du grand public. En outre, afin de favoriser un cadre juridique favorable aux contenus français, la création d'un Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique a été décidée.

La diffusion gratuite des données publiques essentielles par l'internet fera des progrès significatifs : mise en ligne gratuite des annonces des marchés publics en 1999, mise en œuvre d'une bibliothèque numérique des rapports publics...

La numérisation des contenus

La numérisation des fonds patrimoniaux

La numérisation des fonds patrimoniaux est une des priorités du ministère de la culture. Le ministère soutient la numérisation des fonds patrimoniaux, iconographiques et sonores en région. Ainsi, le serveur internet de la Bibliothèque nationale de France, Gallica, qui donne accès à environ deux millions de pages numérisées, s’est enrichi en 1999 de Gallica Classique, consacré aux œuvres classiques de la littérature française, du Moyen âge au XIXe siècle (Bibliothèque nationale de France).

Favoriser la diffusion des données publiques

Les services publics ont un rôle essentiel à jouer dans la mise à disposition de contenus en langue française sous format numérique. Le PAGSI pose le principe d’une diffusion gratuite sur l’internet des « données publiques essentielles » : cette notion s’applique aux domaines tels que les textes juridiques, l’information administrative, les rapports officiels et enfin les données culturelles. Le rapport Mandelkern sur la « Diffusion des données publiques et la révolution numérique », remis le 17 novembre 1999, précise la notion de données publiques essentielles .
Dès maintenant, la diffusion gratuite des données publiques par l’internet se développe : diffusion des rapports publics sur le site Service-public.fr (en liaison avec la Documentation française) et des textes essentiels du droit français sur le site Légifrance .

Donner l'exemple en matière de plurilinguisme dans les services de l'État

L'ouverture de la France sur le monde doit se faire dans plusieurs langues. L'État doit donner l'exemple :

  • le plurilinguisme sur les sites internet de l'administration

La circulaire du Premier ministre du 7 octobre 1999 précise que lorsque les informations mises à disposition sur les sites internet gouvernementaux sont traduites, elles doivent l’être en au moins deux langues :

"Le recours éventuel à des traductions en langue étrangère doit se faire dans les conditions prévues à l'article 4 de la loi du 4 août 1994 relative à l'emploi de la langue française, qui autorise la traduction des écrans en anglais à condition de proposer également une traduction dans au moins une autre langue étrangère.

Le choix des langues étrangères utilisées relève de la responsabilité des services concernés en fonction de leurs objectifs de communication." (Circulaire Premier ministre du 7 octobre 1999, 2.2.2 Langue)

  • la traduction dans l'administration

"Il convient de développer la traduction des donnée essentielles présentes sur les sites publics. En effet, l'internet, du fait de sa dimension mondiale, constitue un outil privilégié pour permettre l'accès des publics non francophones à l'information administrative et pour faire connaître les politiques publiques menées dans notre pays. L'exemplarité de l'administration française dans ce domaine doit en outre conforter les positions prises par la France en faveur de la diversité culturelle et de la pluralité linguistique sur l'internet."(Circulaire Premier ministre du 7 octobre 1999, 2.2.2 Langue)

Le ministère de la culture et de la communication a, pour sa part, conduit avec les services de la direction des Archives de France une expérimentation portant sur des outils informatiques d'aide à la traduction. Cette expérience a permis de réaliser un logiciel d'aide à la traduction très performant pour le domaine des archives.

Des termes français pour la société de l'information

L'appropriation des technologies de l'information et de la communication par le plus grand nombre suppose une promotion volontariste de l'usage des termes francophones. Le PAGSI a donc demandé à la Commission générale de terminologie et de néologie (Cogeterm) de proposer des recommandations régulières en ce sens. La délégation générale à la langue française met à disposition sur l'internet les listes de termes publiées au Journal officiel par la Commission générale de terminologie. Plusieurs listes sont déjà disponibles dont une liste de termes de l'informatique.
Une liste de termes de l'internet a été publiée au Journal officiel du 16 mars 1999.

Consulter les autres listes

Développer des outils d'accès à l'information et de communication pour le plus grand nombre

Chacun doit pouvoir utiliser sa langue dans la société de l'information. C'est indispensable pour éviter de faire naître une société de l'information à deux vitesses. Il faut ainsi que les standards techniques internationaux permettent la diversité linguistique.

Constituer des ressources linguistiques pour développer le traitement automatisé de l'information

L'avenir est aux interfaces et aux produits plus conviviaux et plus intuitifs.Dès aujourd'hui des produits de reconnaissance et de dictée vocale, des services de recherche d'information " intelligents ", des logiciels d'aide à la traduction de plus en plus performants sont disponibles sur le marché. Il faut qu'ils traitent le français et qu'ils existent en français. Pour cela, les industriels et les chercheurs doivent disposer de corpus linguistiques numérisés importants et variés pour élaborer et tester les produits liés au traitement informatique du langage.

Dans le cadre du PAGSI, le gouvernement a chargé la DGLF et le ministère de la recherche d'encourager la constitution de corpus écrits et oraux du français contemporain par l'Association européenne pour les ressources linguistiques (ELRA). Plusieurs appels d'offre ont été lancés.

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Participer activement à la normalisation et à la standardisation

Les normes et les standards ne sont pas neutres face aux langues et aux cultures. Le " problème des accents " dans le courrier électronique a révélé aux non spécialistes de ces questions l'importance de ces enjeux. D'autres défis demeurent : la définition des claviers et des interfaces du futur, l'internationalisation et la localisation des logiciels, l'indexation des images animées... Il faut que nous soyons présents dans les instances où ces normes sont élaborées et que nous favorisions la diffusion de celles qui savent prendre en compte la diversité culturelle et linguistique.En 1999, le rapport de Jean-François Abramatic sur le Développement technique de l'internet recommandait de renforcer la participation française aux organismes de standardisation.

La DGLF soutient l'action de l'Association française de normalisation (AFNOR) et du Groupe d'experts français pour les standards de l'internet (GEFSI) pour qu'ils assurent la présence d'experts dans les groupes de travail concernés. Une veille sur l'ensemble du secteur est exercée, notamment dans le cadre d'un groupe de travail franco-québécois : NOTIAL. Par ailleurs, la DGLF apporte son soutien à l'ISOC-France, organisatrice des rencontres de l'internet français à Autrans.

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Les Écritures du monde sur l'internet

Le site Écritures du monde, développé par l'INaLCO avec le soutien du ministère de la culture et de la communication, présente les différentes écritures, leurs aspects historiques et géographiques. Il décrit les normes permettant de lire et d'échanger sur les réseaux numériques les différentes écritures (cyrillique, arabe, tamoule, chinoise, inuktitut).

Renforcer les échanges dans l'espace européen et francophone

L'Europe
Le souci de la France d'une société de l'information respectueuse de la diversité linguistique est partagé par l'Union européenne. Le programme européen "Multilinguisme dans la société de l'information" (MLIS -achevé en 1999) a aidé les entreprises et les créateurs européens à produire des contenus multilingues pour l'internet et le multimédia. En 1999, la Commission a pris une initiative visant à prolonger les programmes INFO 2000 (aide à l'industrie multimédia européenne) et MLIS.

Le programme "eContenu"
Le programme "Contenu numérique européen sur les réseaux mondiaux" ("eContent") a été adopté lors du Conseil du 22 décembre 2000, pour une durée de quatre ans (2001-2004). Doté d'un budget de 100 MEuro, il comporte trois lignes d'action :

1. améliorer l'accès à l'information du secteur public et généraliser l'exploitation de cette information

2. développer la production de contenu dans un environnement multilingue et pluriculturel

3. dynamiser le marché du contenu numérique

Information sur le programme (document au format RTF, 30 ko)
Description du 2e appel d'offre (lancé le 1er novembre 2001)
Tout savoir sur le programme (présentation en anglais, textes officiels en 11 langues)

La Délégation générale à la langue française et aux langues de France participe au groupe d'experts chargé du suivi de ces différents programmes. Elle suit par ailleurs les projets européens concernant le commerce électronique ou les initiatives pour l'adaptation de l'Europe à la société de l'information.

La francophonie

La Francophonie multilatérale a retenu parmi ses priorités la présence du français dans la société de l’information. Le plan d’action adopté lors du VIIe sommet francophone de Hanoï (1997), prévoit la création d’un fonds multilatéral qui permet de soutenir des projets réalisés en partenariat entre des acteurs du Nord et du Sud. Ce fonds vise à démocratiser l’accès aux inforoutes et à créer une aire de développement culturel, économique et social soutenue par les échanges de savoir et les transferts de compétences entre le Nord et le Sud . Placé sous la responsabilité du Secrétaire général de la francophonie, M. Boutros Boutros-Ghali, et doté de 41 millions de francs par an, il a permis de soutenir plus d’une soixantaine de projets. Dans leur déclaration finale, les Chefs d’État et de gouvernement réunis à Moncton à l’occasion du VIIIe sommet francophone ont réaffirmé l’importance de ce fonds et demandé une augmentation de ses moyens financiers.
Fonds francophone des inforoutes

L'Agence universitaire de la francophonie (AUPELF-UREF) a mis en place en juin 1994 le réseau Francil qui fédère les laboratoires de recherche publics des pays francophones. Ce réseau a su regrouper l'ensemble des acteurs francophones de la recherche dans ce secteur. Les actions de recherche partagée (A.R.P.) permettent de favoriser les échanges entre les équipes et les laboratoires sur des thèmes fédérateurs. En 1999, l'Agence universitaire francophone a lancé la 2ème campagne d'Actions de recherche concertée (ARC) sur quatre thèmes :

  • reconnaissance, synthèse et dialogue vocal
  • évaluation de recherche documentaire mono et translingues
  • extraction terminologique
  • alignement de corpus, phrases et mots , bilingues

L'Agence de la Francophonie (A.C.C.T.) soutient les activités du réseau international des observatoires francophones du traitement informatique du langage et des inforoutes (RIOFIL), qui se consacre en priorité à la présence du français sur les inforoutes et tout particulièrement à la veille sur le traitement informatique des langues pour l'utilisation des réseaux. Le RIOFIL a élaboré un site sur l'internet consacré à la diffusion d'informations sur les produits et les services francophones en ingénierie linguistique.

En 1999, l'Agence de la francophonie a décidé de fusionner les deux réseaux RINT et RIOFIL.

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La place des langues sur l'internet

La France est entrée dans la société de l’information et elle y est entrée en français : le nombre d’internautes français a progressé de 47% en 2000, pour atteindre 8,47 millions au quatrième trimestre de l’année, selon le baromètre publié par Médiamétrie le 12 février 2001. Ces chiffres confirment la forte progression du parc informatique français, lequel double en moyenne chaque année.

Les langues latines sur l'internet

Chaque année, depuis 1998, l’association Funredes « Réseaux et développement » et l’Agence de la francophonie réalisent une enquête sur la présence des langues latines sur l’internet : les chiffres communiqués en 2001 par l’Union latine montrent que le français se situerait à la deuxième place des langues latines sur l’internet (4, 61%), derrière l’espagnol (5, 69%) et devant l’italien (3, 06%), le portugais (2,81%) et le roumain (0,17%). Ces chiffres se fondent sur l'hypothèse d'une part d'internautes anglophones estimée à 52 %. Le français enregistre par conséquent une progression de 22% entre 1998 et 2001, alors que le pourcentage de pages en anglais a baissé d'un tiers sur la même période.

Etude Funredes

Le tableau suivant résume les conclusions de l'enquête sur la présence des langues sur l'internet. Les résultats expriment la fréquence des réponses à des requêtes effectuées sur des mots clés en plusieurs langues, les pourcentages reposent sur l'hypothèse d'une présence des contenus en langue anglaise estimée à 60%. L'espagnol est le mieux placé dans l'étude parmi les langues latines, suivi de près par le français :

Les langues sur le réseau en 1998 en 2000 en 2001
Anglais

N. D.

60% 52%
Espagnol 3,45% 4,85% 5,69%
Français 3,79% 4,39% 4,61%
Italien 2,35% 2,77% 3,06%
Portugais 1,16% 2,14% 2,81%
Roumain 0,22% 0,19% 0,17%
Allemand   6,30% 6,97%
Reste   19,30% 24.69%

 

Présence absolue des langues sur le réseau

Si l’internet a pris son essor en anglais, le succès même du réseau et le développement des sites entraînent un accroissement spectaculaire de la communication et des échanges dans les langues autres que l’anglais. En effet, une enquête effectuée par Global Reach en 2000 révélait que les anglophones étaient passés en dessous de la barre des 50%. La même enquête, renouvelée en décembre 2001, précise que les anglophones connectés au réseau mondial ne seraient plus que 43 %. Les internautes européens non anglophones représenteraient 31,8 % et les internautes asiatiques 25,3 %. Avec une population connectée estimée à 16,8 millions (soit 3,3% des utilisateurs de l'internet), la francophonie se placerait en 8e position, derrière le japonais (8,9 %), le chinois (8,8 %), l'allemand (6,8 %), l'espagnol (6,5 %) et le coréen (4,6 %). Le portugais (2,6%) est en revanche passé derrière le français, l'italien étant la langue de 3,8% des personnes connectées. Cette évolution va dans le sens d’une affirmation de la diversité linguistique et culturelle soutenue par la France et permet d’envisager une meilleure répartition de l’utilisation des langues dans la société de l’information. Elle montre également à quel point le développement de l'accès à l'internet dans les pays francophones ainsi qu'une politique volontariste de création et de mise à disposition de contenus en français sera déterminante pour la présence du français sur les autoroutes de l'information.

Source de l'enquête